Un temps que les moins de 20 ans ...

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Message  Invité le Jeu 6 Aoû - 15:45

Tout fier !

Mais fait moins l'malin...

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  Fred le Mar 25 Aoû - 20:33

chouettes photos couleur des 60's (Allemagne)




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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  piero le Mar 25 Aoû - 22:00

t'aurais pas dit le pays j'aurais parié pour l'espagne, je sais pas, une impression de chaleur Smile

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  Invité le Lun 7 Sep - 15:02

Hey Tonton Dayton !
ça fait un bail qu'on n'a plus lu de tes belles histoires illustrées ?!!!?

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  badgam le Lun 7 Sep - 15:42

on dirait un mannequin en cire la meuf devant là ... Laughing Laughing

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  SonicSeb le Lun 7 Sep - 20:05

belle photo en teknikolor !

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  DAYTON le Jeu 17 Sep - 0:19

@Bip

Superbe, ta photo. Vraiment.
Pour les histoires illustrées, pas de pb. Là occupé avec une histoire de COAST to COAST... Vous en dirai davantage.

Very Happy

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  l'périgourdaingue le Jeu 17 Sep - 9:13

Si vous èt'sage !..

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  DAYTON le Jeu 17 Sep - 22:46

l'périgourdaingue a écrit:Si vous èt'sage !..

Hé hé, YYYYYES

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  Invité le Ven 18 Sep - 11:44

Allez-heuuuuuuuuuuuuuuuuuuu ! Tonton !

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  DAYTON le Sam 19 Sep - 12:42

Le début de COAST TO COAST

J'ai déniché sur le plus vaste swap meet du monde (la baie of course) une série de photos originales incroyables, en format A3, prises en 1947.
Il s'agissait de photos prises par un gars qui avait décidé un beau jour de relier la côte ouest à la côte est, un COAST TO COAST.
Après de longues tractations avec le vendeur de ces photos, j'ai pu en savoir davantage sur le bonhomme, grâce au témoignage de sa fille.
1947, c'est juste l'après guerre, son père revient blessé, la tête pleine des horreurs vues en Europe, une envie de se laver de tout ça.
Alors l'idée m'est venue de relier toutes ces photos entre elles, avec un texte en rapport.
Je vous mets ici quelques lignes avec des tofs.

Pouvoir étendre mes jambes.

J’ai reculé de trois pas pour m’accroupir derrière la HARLEY DAVIDSON et en mater la silhouette.
La moto demeurait stable sur sa béquille latérale, légèrement penchée sur le côté gauche. Une allure d’étalon en repos, j’ai pensé, une monture de ferraille sanglée de bagages pour un continent à traverser. Minimum de confort, maximum de plaisir. La formule me plaisait bien.
Les sacoches, bourrées d’une intendance d’un mois, attendaient que je les sangle. J’étais parvenu à caser l’essentiel en chemise et sous vêtements, et j’avais rajouté la pompe à pneu et l’extincteur Pyrène qui pesait ses trois kilos.



J’allais pas mal entamer l’aisance du pilote et me priver de la possibilité de pouvoir étendre ma jambe droite par dessus le pare-cylindre.
Ca ne serait pas facile à vivre dans cette position, et ma cuisse allait tirer sur les agrafes au risque de rouvrir la plaie, une nouvelle fois.
Ca faisait 2 ans maintenant. J’avais pu garder ma guibole mais dû renoncer à courir le cent mètres et grimper aux arbres, ce qui relevait d’un renoncement déjà bien lourd. J’avais toujours pensé qu’on se devait ce genre de truc à soi-même, pour le sentiment d’exister et garder le contact avec sa mécanique personnelle.

Avec le temps qui passait, j’en voulais moins aux hommes ; et dans ce coin du continent, loin de tout, l’humanité avait marqué une pause en limitant les possibilités de voir du monde.



...À SUIVRE ...

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  DAYTON le Sam 19 Sep - 12:49

Coast to coast

« Coast to coast », j’ai annoncé au paternel à la fin du repas. Et dépliant sur la table une carte du pays, j’ai tracé au crayon rouge une ligne qui passait par l’UTAH, le TEXAS et les autres états qui reliaient PENSACOLA à SAN FRANCISCO.
Le paternel, il n’a pas répondu de suite, mais à voir sa moue silencieuse, j’étais pas sûr qu’il approuvait.
Difficile de connaître son point de vue. Une constante dans la famille paternelle : les sentiments, ça se ravale comme les larmes, et tordre le cou aux mots jusqu’à les contraindre à la pudeur du silence, c’était comme une règle.
Sans lever le nez de son assiette, il a juste soufflé : « Assieds toi, Petit, tu vas manger froid ».

Et puis, une fois le repas terminé, il a repoussé sa chaise, basculé la tête vers le plafond comme pour étirer ses muscles et a demandé à voir la carte.
J’ai glissé le doigt sur le parcours en insistant sur les noms des villes à traverser, des endroits connus et des points remarquables. J’ai senti un intérêt et lu tout haut les mots YOSEMITE, COLORADO ; le père a alors sorti une bouteille de rhum et il a évoqué ses souvenirs de boulot dans ces mêmes endroits.

Mon père était concessionnaire chez HARLEY-DAVIDSON Co. et devait quelquefois suivre des stages de vente organisés par la Company, dans l’ensemble des Etats de l’Union.



J’ai posé le petit verre sur la carte sans remarquer l’auréole humide laissée autour du point de départ. Le cercle sur la carte faisait comme un chiffre sur le cul d’un bœuf. Une marque de fabrique en somme.
Sûr, j’appartenais à cet endroit.



... À SUIVRE...

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  DAYTON le Sam 19 Sep - 12:57

Du sable dans une bouteille

J’avais organisé mon barda pour tout avoir sous la main rapidement, de la paire de lunettes rangée derrière le windshield, au thermo de café coincé sous le buddy. Les outils étaient coincés dans leur coffre métallique, et j’avais vidangé tout ce qui devait pouvoir couler dans le moteur et en lubrifier les rouages.

Maintenant, Dad me regardait tourner autour de la bécane sans piper mot, tout en demeurant assis sur le perron de la concession. Il avait sorti de sa poche l’un de ses petits cigares noirs rapportés d’Italie et tirait dessus en soufflant par le nez.

« Tu vas y arriver, fiston ? ».
J’ai pas répondu de suite, occupé à caler la pompe à air dans son rack. Il a alors tourné la tête vers la bâtisse blanche et en soulevant la visière de sa casquette :
« Tu fermeras l’atelier avant de partir, je dois récupérer des pièces chez Dick avec Rudy. T’auras qu’à planquer les clés là où tu sais. »

J’ai regardé du côté du grand cactus planté sur l’aile de la concession. Une chouette minuscule avait creusé une cachette idéale pour un trousseau de clés.
Une fois, elles étaient tombées de la poche de mon pantalon, dans le désert, juste après que mon père ait reçu les nouveaux modèles 1937, je m’en souviens encore. Je devais avoir dans les douze ans.
Sur le jeu de clé, il y avait le logo Bare and Shield avec l’adresse de la concession.
Il n’y avait qu’à suivre la route et se garer devant le magasin pour embarquer les bécanes et ruiner nos vies.



On avait passé la nuit à chercher ce maudit trousseau à la lumière d’une torche, et je me rappelle du silence de mon père pendant qu’on fouillait le talus.
L’oncle Rudy avait dormi dans le bureau avec un fusil à pompe, et c’est sur le coup de trois heures du mat’ qu’on était tombé dessus, bien planquées qu’elles étaient sous une charogne de chacal toute raide.


Maintenant, le soleil tapait lourd sur la nuque. Nous attendions Rudy qui devait passer prendre mon père pour une livraison.
Dad s’est levé lentement et s’est approché de moi en se protégeant de la lumière. Il m’a alors serré dans ses bras.
Et le son de sa voix m’est parvenu direct dans l’estomac, comme d’une bobine enregistrée que j’aurais avalée avec l’appareil.
« Y te manque rien, fiston, t’es sûr ? »
Il a attendu un peu avant de desserrer son étreinte et a sorti de sa veste un objet enroulé dans un chiffon graisseux.
J’ai souri en palpant la crosse du Lugger :
« Mais Papa, je l’ai ramené pour toi, celui-là.
- Il te sera plus utile qu’à moi. Y’a pas d’étranger qui traîne, par ici. »

Je l’ai regardé un instant dans les yeux.
Son visage avait la patine frottée des cuirs de selle et son allure de cow-boy retraité portait loin l’ombre de ses longues jambes. Se déplaçant avec lenteur, ses doigts avaient gardé la vivacité de la jeunesse quand il bricolait, et j’aimais la façon qu’il avait de se frotter la lèvre inférieure avec le pouce avant de commencer à parler.

La veille, nous avions eu une discussion sur le sens de ce projet. Je savais que j’allais le priver de mon aide pendant quelques semaines, et je m’en voulais. J’avançais à reculons pour ce qui était de le convaincre.
Mais c’était plus fort que moi, il fallait que je parte. Alors, à court d’arguments, j’avais improvisé :
« Je te rapporterai du sable dans une ‘tite bouteille ».
Il avait rigolé en levant la tête et, montrant le désert alentour : « Du sable, fiston, mais pour quoi faire ? ».


Il a tourné le regard vers la piste sur laquelle avançait maintenant le pick-up de l’oncle Rudy, dans un nuage de poussière. J’ai logé le pistolet sous la selle tandis qu’il allait à sa rencontre.

Il a avancé jusqu’au camion dont le moteur continuait à tourner et a grimpé sur le marche-pied avant de regarder de mon côté :
« Et puis n’oublie pas de donner des nouvelles à ta mère de temps en temps, Motard ».

C’est comme ça que j’ai quitté la concession Harley Davidson de Pittsville (CAL.), décidé à traverser le territoire des Etats Unis d’est en ouest, sur ma moto achetée de frais et préparée par mes soins.



...À SUIVRE ...

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  Invité le Sam 19 Sep - 13:04

Yeah !

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  DAYTON le Sam 19 Sep - 13:45

L’histoire de ma moto

L’oncle Rudy avait la passion de la ferraille. Il collectionnait tout ce qui pouvait rentrer dans son garage et connaissait tous les propriétaires d’engins métalliques à 100 miles à la ronde.
Comme il savait que je cherchais une bécane pour « faire le tour du monde », il avait activé ses réseaux et trouvé quelque chose « qui pouvait me convenir ».
C’est comme ça que j’ai grimpé dans son pick-up un beau matin et qu’on est parti vers le nord.
Le soleil n’avait pas encore pointé le plus petit de ses rayons et ça faisait comme une lueur à droite, avec du bleu et du rose, rapport au vent de poussière qui allait se lever dans pas longtemps.
« J’sais pas ce que ça donnera, mais j’ai de bons échos. Le type est un original qui s’est dégoûté de la moto et a acheté une caisse avec la radio dedans. La moto est une seconde main avec peu de bornes au compteur.
- Il veut pouvoir s’asseoir à côté de sa femme. J’peux comprendre.
- Il en a marre aussi de sa femme, fiston. C’est pour ça qu’il a mis la radio. »

On a continué à rouler pendant plusieurs heures, en essayant d’éviter les trous et les carcasses de coyotes qui séchaient sur le bord de la piste. De temps en temps, je jetais un œil sur la droite pour guetter l’horizon rosé et j’appréciais la découpe des cactus et des rochers, comme un cardiogramme rassurant qui bippait sur chaque crête.

Ca a été facile à trouver.
Après le désert, on a suivi le petit ruisseau bordé d’eucalyptus jusqu’à un embranchement qui indiquait Auburn. On a continué en suivant le plan que Rudy avait dessiné sur une feuille et j’ai remarqué une villa en bois, peinte en blanc avec une rangée d’arbres tout autour.
Le gars finissait de tondre sa pelouse, et l’idée de tondre une pelouse sèche était déjà en soi un signe d’originalité.
J’ai regardé mon oncle et il a fait comme un cul de poule avec les lèvres. J’ai compris que c’était pas un gars de chez nous.
Après les présentations d’usage, il nous a conduit dans la remise et soulevé une bâche.

La motocyclette reposait sur sa béquille arrière, toute droite et silencieuse.
Elle m’a tout de suite plu, avec ses deux pneus ballons bien dessinés et son phare jaune de cyclope. Elle attendait tranquillement son heure pour commencer à vivre. Et sûr qu’on partait d’un bon pied pour démarrer ensemble cette putain d’aventure, j’ai pensé.

La plaque d’immatriculation indiquait NY pour New York. Le gars s’était installé dans le coin pour suivre son entreprise avec les meubles et sa femme. Mais l’état des routes lui avaient entamé le cuir des fesses et son moral de rouleur s’était tassé avec ses vertèbres.
Voulait passer à autre chose.
Après examen de la compression du moteur, des roulements de roues et de quelques détails mécaniques, on a tourné autour pour chercher les défauts et négocier le prix. Il en voulait 4 000 dollars, j’en avais 3 500 dans la poche.

Et puis, sa femme a appelé pour le déjeuner, avec un mot pas aimable pour la moto et les tracas qui allaient avec. L’homme, un peu gêné, a tourné la tête et a regardé mon oncle en se grattant la tête :
« 3 500 et vous me videz la cave de toutes les pièces. Vous laissez rien, ok ? »



On a fini de tout charger sur le pick up en milieu de journée. La dame avait préparé des toasts et on a bu tout ce qu’on a pu en bières fraîches et sodas.
C’était une bonne affaire. La moto avait peu roulé, un modèle UL 1937 avec un moteur latéral de 1350 cc.
Papa avait vendu les mêmes bécanes bien avant que je ne parte à la guerre et il y avait encore des gars qui roulaient avec dans le coin et qui saluaient mon père en levant le pouce quand ils le croisaient.
« Harley never dies » j’ai pensé, et j’ai appuyé avec mon pied gauche pour débrayer dans ma tête et enclencher une vitesse imaginaire.
J’avais remarqué le levier à droite et je savais que le premier proprio avait roulé en Indian, avec la possibilité offerte de choisir entre côté droit ou gauche. Habitué à la conduite de ces motos, il avait soudé le levier à droite du réservoir.

J’ai fait le tour de la machine, mentalement, et planifié mon travail pour la mettre à ma main, comme on débourre un cheval avant de poser sa selle perso. J’avais la chance de disposer de l’atelier de la concession. Et de mon père pour m’aider.

Un vent de sable soufflait maintenant en projetant sur le camion des branches de ronces et des herbes mortes, rendant la route encore plus pénible dans l’obscurité. On avait bâché le chargement en prévision, et le pick-up avançait dans l’espace percé de deux cônes de lumière, transportant sur la benne un engin de ferraille et la totalité de mes économies.
Alors j’ai regardé mon oncle et j’ai goûté au bonheur fugace de posséder dans ce camion l’essentiel de ma vie : une famille, une route et un engin pour avancer, dans la poussière au milieu des fantômes.



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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  testi le Sam 19 Sep - 14:14

rhôputain de la lecture !
excellent ! cheers

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  DAYTON le Dim 20 Sep - 12:40

Ne penser qu’ à sauver ses fesses
Tournant le dos à la Concession du paternel, j’ai ouvert le robinet d’essence et pompé deux fois à l’aide de la pédale de kick, histoire de faire venir le mélange essence-air dans les deux cylindres. L’avance de la poignée gauche était calée comme il fallait. J’ai tiré le starter à fond et mis le contact.
Le moteur a démarré immédiatement, après que la jambe valide se soit complètement dépliée sur la pédale. J’ai vite ramené le starter, car le moteur montait en température et menaçait de caler. Le rythme s’est alors fait plus lent et un son grave et rond a installé la moto dans un ronronnement de moteur bicylindre en V, plein du bruit de sa tringlerie et de ses soupapes, une mélodie de pistons et de clapets dont j’avais appris à connaître les moindres frémissements et modulations.

Laissant le moteur tourner, j’ai boutonné mon blouson jusqu’en haut, laissant juste un espace pour mon foulard fétiche, un carré de soie rouge appartenant à ma mère. Les gants de cuir, puis un serre-tête pour éviter les coups de soleil et contenir mes cheveux.

La pointe du pied a enfoncé la pédale d’embrayage et j’ai poussé la première.
La moto a secoué ses 350 kg et a lentement pris de la vitesse, soulevant un nuage de poussière jaune derrière elle.
J’ai baissé d’une main les lunettes sur mes yeux, tâté le paquetage sur l’arrière de ma selle et énuméré les objets embarqués comme quand on refait la liste des courses.



On y était.
Parvenue jusqu’à la route goudronnée, la moto a accéléré, comme sur une piste d’envol. Plein d’une excitation soudaine, je suis parti d’un rire sonore en même temps que je laissais le panneau d’Auburn derrière moi, suivant des yeux la dernière éolienne dont l’hélice déglinguée marquait la frontière symbolique.

Plus rien ne me retenait dorénavant, j’avais rompu un lien de terre en filant vers l’est, et j’avançais dans l’espace comme un bonhomme gonflé à l’hélium. Le rire a continué à dégorger son flux irrépressible jusqu’à secouer la lumière du jour et les rides de chaleur, poussant jusqu’aux pentes de Main Hill et ricochant sur les rochers écrasés de poussière. Ce qui avait contenu l’essentiel de ma vie était derrière moi. Derrière moi, le souvenir d’un piéton blessé, vague insecte aux élytres rognées.

J’ai serré fort les poignées, décidé à suivre ce cheval de métal dans sa course, quoi qu’il advienne.

Je ne pouvais compter désormais que sur moi-même, et ça m’allait bien comme doctrine : ne penser qu’à sauver ses fesses.
« Quand tu es seul tu es toi-même » ; c’était le titre d’un article paru dans l’Enthousiast de janvier. La citation était signée Léonard De Vinci dans le texte et j’imaginais bien l’Italien sur une moto lui aussi, dans une pliure du temps qui ferait se croiser nos chemins.

La pointe de la route marquait au loin la direction. Je n’avais qu’à suivre cette flèche de bitume et m’enfoncer dans les coulisses, persuadé que demain se jouait plus à l’est, et que la route elle-même, plus que le but à atteindre, relevait d’un intérêt vital, impérieux et trouble en même temps.



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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  Invité le Lun 21 Sep - 15:59

Hey Dayton !
J'profite d'une ptite pause dans ton "travail d'écriture" (trop bon...) pour te glisser un ptit sirop d'encouragement !

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  DAYTON le Lun 21 Sep - 21:05

cheers

Merci Bip, j'en ai besoin.
drunken drunken

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  piero le Mer 23 Sep - 12:28

ahhh Serge, te vlà



cheers

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  Invité le Mar 29 Sep - 9:11

La suite...La suite... la suite ! bounce

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  DAYTON le Mar 29 Sep - 16:49

Connaître la mécanique

J’enfilais maintenant miles après miles, assis sur le buddy, regardant tourner les chiffres du compteur avec la régularité d’une perfusion de glucose. Le moteur avait sa bonne température, et le son régulier avait quelque chose de rassurant dans tout ce silence. Débarrassé du stress du départ, j’étais à la contemplation des images qui avançaient dans la bonne direction.

La route ne m’était jamais apparue aussi déserte, vide qu’elle était de tout objet roulant à surveiller. Un simple mouvement des yeux guidait mon regard vers la gourde entoilée fixée sur la barre transversale du guidon, et une carte de Californie, épinglée sur un fil tendu à la base du windshield contenait la promesse d’une route rectiligne jusqu’au parc de Yellowstone.
Ce devait être ma première étape.

Dans un courrier de lecteur paru dans la revue citée plus haut, j’avais lu le récit d’une pause agréable dans ce parc, une clairière aménagée pour le touriste motorisé : bungalow à disposition, coin barbecue et petit lac pour se baigner. Ca ressemblait à une pub pour la bière, avec les couleurs dorées et des filles en maillot derrière les bécanes neuves.
Une photo pas très nette illustrait le texte. On y voyait l’auteur émergeant d’une tente calée sur le guidon de la moto, et à ses côtés on devinait une tignasse brune et féminine. J’imaginais le confort précaire, l’odeur d’huile et d’essence persistant pendant la nuit. Pas vraiment le rêve pour une nuit d’amour avec sa copine.



Je laissais encore mon esprit vagabonder de collines en collines, notant les changements de végétations, la disparition progressive des cactées au profit d’arbres d’abord rabougris , hésitants, puis installés résolument comme de vrais arbres avec des oiseaux dessus et des branches solides.

Je m’arrêtais régulièrement pour vérifier l’état de la machine, arroser quelques nids de fourmi et me verser une gorgée d’eau tiède au fond de la gorge. J’en profitais pour me repérer sur la carte et soulager ma jambe; l’arrivée dans le parc était prévue pour le milieu d’après-midi.

J’avais calculé juste pour le budget. Ayant appris à vivre avec peu, je pensais me nourrir d’œufs brouillés et de patates pendant un mois, en théorie du moins.
Il n’y aurait pas de toit pour m’abriter, et j’avais emporté une espèce de literie étanche qui pouvait me protéger d’une petite pluie et de la rosée du matin. Donc pas de tente à monter, et à tout prendre, il y aurait sûrement une bonne âme piquée de curiosité pour m’offrir le gîte en cas de grosse averse.

Enfin, profitant du réseau des concessions Harley, j’avais prévu de m’arrêter aux bons endroits pour offrir mes services au chef mécano, le temps de me faire un peu d’argent. Connaître la mécanique, c’est comme savoir cuisiner, il y a toujours à faire quelque part dans ce domaine, et mon père avait passé pas mal de coups de fil tout au long de la ligne rouge.

Rassuré sur ce point, j’étais persuadé de ne mourir ni de faim ni de froid, mais ce qui m’inquiétait le plus, et qui en même temps m’excitait bien, c’était de ne devoir compter que sur moi-même, persuadé d’être à ce point misanthrope que l’idée d’adresser la parole au pompiste me faisait frôler régulièrement la panne sèche.

J’allais me composer un personnage d’ermite motocycliste, autour d’une silhouette sombre et raide de crasse. Mes contacts avec le monde alentour seraient limités au strict nécessaire, et j’étais certain de pouvoir entrer avec facilité dans le personnage du sourd-muet.
La poussière de la route collerait bientôt à mon visage et les lunettes une fois relevées, j’avancerais comme une chouette sonnée jusqu’au comptoir de zinc. Je laisserais tomber au passage un talc d’étoiles que la lumière accompagnerait jusqu’au sol. Cette aura de matière achèverait de me rendre unique, comme tombé du cosmos. Un silence s’installerait forcément dans le bar avant que le patron ne s’approche pour la commande…


J’esquissai un sourire et regardai la route filer sous mes roues. Quelques berlines sombres croisaient maintenant sur la highway et il m’arrivait de doubler un camion bâché ou une familiale remplie de gosses.
Le temps de remonter par le côté gauche, j’avais un regard de biais pour leur intimité, avec la conscience d’être un voyeur éphémère, nourrissant l‘espoir d’une rencontre fulgurante.
Mais le bruit de la moto précédant mon dépassement, et je ne collectionnais que des postures figées et inquiètes.
J’avais alors un geste de la main amical et pacifique. De l’autre côté, la réponse soulagée d’un sourire surpris précédait le mouvement d’une vitrine qu’on descend rapidement. J’en profitais pour tourner plus fort la poignée de gaz, laissant derrière moi la voiture avant l’entame d’un dialogue.




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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  Invité le Mer 30 Sep - 8:58

study

Me v'là accro...

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  piero le Mer 30 Sep - 9:45

trop bon, à éditer aux éditions Classic Spirit & Partner cheers cheers

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

Message  Invité le Mar 20 Oct - 9:34

La suit.......theuuuuuuuuuuuuuuuuuu !

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Re: Un temps que les moins de 20 ans ...

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